Rendez-vous avec Nathalie Longevial

Troisième rendez-vous sur le blog, on part à la découverte d’un(e) auteur(e) à l’avenir prometteur grâce à un entretien pour mieux le(a) connaître et en savoir un peu plus sur son écriture, l’univers qu’il(e)lle a construit. Aujourd’hui c’est au tour de Nathalie Longevial que j’ai découvert avec sa dernière parution, Semer des graminées.

Nathalie Longevial se présente ainsi :

“J’ai commencé à lire à l’âge de 5 ans en tombant amoureuse du Petit Lion (Georges Chaulet). Je rêvais qu’il m’embarque dans ses aventures à la place de Bérénice, la petite souris. J’étais persuadée de lui être beaucoup plus utile qu’elle, mais bon, ça ne s’est pas fait. J’ai continué à lire et à vivre des aventures par procuration, j’ai habité « la Case de l’Oncle Tom », (Harriet Beecher-Stowe), sommeillé au pied de mon « Bel oranger » (José Mauro de Vasconcelos), couru dans « Les vergers de Kandahar » (Marcelle Manceau), jardiné avec « Tistou les pouces verts  » (Maurice Druon) ou pleuré devant la « Vie et mort d’un cochon » (Robert Newton Peck) À cette époque-là, je pense avoir ruiné mes parents en livres.

Et puis la vie s’est chargée de me rendre beaucoup plus réaliste : les livres, il allait falloir que je me les achète. Je suis devenue DRH. J’écrivais des lettres d’embauche, des contrats de travail et des plans de carrière, c’était absolument fascinant mais ce n’était pas tout à fait ce que je souhaitais, alors j’ai commencé à écrire des discours pour les enterrements, sans pour autant qu’ils soient lus aux sépultures (d’ailleurs, je ne suis pas certaine que tous les intéressés aient su que je les avais écrit). J’ai écrit des recettes de cuisine d’un nouveau genre (elles font trois pages et mettent en scène ma vie familiale), des nouvelles qui se terminent toutes mal (dommage, l’engouement pour le feel-good débutait ) ou écrit des romans de douze pages sans jamais les terminer.

Le 19 novembre 2008, j’ai ouvert un blog pour raconter le projet d’adoption que mon mari, nos enfants et moi avions. Les lecteurs  se sont invités au fil de mes pages et de mes textes. Ils sont devenus de plus en plus nombreux, ils m’ont encouragée et m’ont accompagnée pendant quatre ans. En 2012, les textes ont été rassemblés et sont devenus un livre paru sous le titre « Vent fort, mère agitée » (Unlimit-Ed). Le virus de l’écriture était inoculé et je n’ai eu aucune envie de trouver un quelconque vaccin.

À partir de 2012, les manuscrits se sont empilés au chaud près du disque dur de mon ordinateur tout comme les mauvais élèves  se collent au radiateur. En 2017, après avoir travaillé 25 ans avec mon mari, j’ai décidé de me donner une chance de terminer un livre et me suis attelée à la tâche. Grâce à Librinova (une plateforme d’auto édition) j’ai édité « Parce que la vie ne suffit pas » en 2018, un roman sur l’écriture, puis « Semer des graminées » en 2019 qui retrace le parcours d’une fille dont le père souffre d’un cancer.

Je travaille actuellement sur l’écriture du prochain … Roman ou récit ? À suivre !”

Semer des graminées est un journal de sentiments qui évoque le combat contre la maladie. Le cancer s’est emparé de son père et cette vérité est difficile à entendre, à vivre. Le temps est compté mais il ne cesse de ralentir. Nathalie Longevial fait appel aux souvenirs, aux derniers instants avant l’indicible. L’écriture devient alors un bouclier contre la douleur, le temps. Elle nous offre un hommage émouvant, sensible et nous rappelle l’importance d’être présent pour nos proches, de leur rappeler qu’on les aime.

Ici, je veux dire l’émotion, le doute, la peur (…) Décortiquer la vie avant qu’il n’y ait la mort. M’entraîner au deuil

  • Semer des graminées est un récit intime qui a été écrit après l’annonce de la maladie. Est-ce que c’était une échappatoire au réel ? Est-ce que l’étape des corrections était douloureuse ?

Je pense qu’il s’agissait plutôt d’ancrer les souvenirs dans le réel et pas de m’échapper du réel. J’ai une mémoire hyper sélective mais pour cet épisode de ma vie je voulais me souvenir du maximum de choses. Les jolies et les moins belles. J’aime bien l’étape des corrections en général parce que le livre a déjà été lu par quelques bêta-lecteurs et me revient annoté et avec des pistes de travail. C’est un moment fort parce qu’on se demande si les lecteurs vont comprendre ce qu’on cherche à dire, quel monde on veut montrer, quelles émotions on a voulu faire passer.  Il s’agit de polir le texte, de le faire briller, c’est agréable. Je n’ai pas le souvenir que cette étape ait été difficile. Je me souviens qu’un jour, alors que je relisais un passage corrigé la veille, je me suis mise à pleurer. J’ai demandé à mon mari si c’était bien normal de pleurer alors que je connaissais l’histoire et le texte par cœur. Je crois qu’il a pensé que je devenais folle 😉

  • À quel moment vous vous êtes dit que ce récit devait être partagé, lu par des personnes qui ne connaissaient pas votre père ?

En février 2019. Je l’ai fait lire à une correctrice free-lance. Elle m’a dit « c’est typiquement ce que j’aurais voulu lire quand ma sœur est tombée malade, il faut en faire quelque chose. » Je l’ai écoutée.

  • L’écriture est elle réparatrice ?

Oui, je le pense profondément. L’écriture m’a permis de pleurer. C’est le seul moment où je m’autorisais à baisser les armes. Je suis profondément convaincue que l’art répare. Récemment j’ai entendu une interview de Lou Doillon qui racontait qu’un jour elle a eu un énorme chagrin d’amour. Elle a appelé Etienne Daho pour lui en parler (oui, moi j’appelle une amie, mais elle c’est Etienne Daho …) et il lui a répondu : « Combien de chansons ? »

  • Est-ce que vous avez une routine d’écriture ?

Oui. J’écris tous les jours, même les jours où c’est plus compliqué. Parfois il ne s’agit que d’une phrase, parfois il y a dix pages. Je ne me mets pas la pression sur la quantité, mais je fais attention à produire quelque chose chaque jour. Je suis du matin. Du soleil levant. Ou de la nuit noire. Je suis assez peu productive entre 13h et 18H. J’ai deux endroits pour écrire : mon bureau et la salle à manger. C’est un peu comme en méditation. On dit qu’il faut s’installer au même endroit parce qu’on y laisse une empreinte, des fragments de nous-mêmes. J’ai exactement cette impression quand j’écris : m’installer au même endroit me permet de retrouver ce que j’y ai laissé avant (Je ne suis pas tout à fait folle, vous savez !)

  • Est-il plus « facile » d’écrire une fiction ?

Non. Franchement non. Enfin, pas pour moi. 

  • Que faire contre la page blanche ? Comment retrouver l’inspiration ?

Sortir. Vivre. Lire. Partager. Rire. Surtout, ne pas s’entêter. Ne pas se mettre la pression. Ça ira mieux demain. 

  • Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré au cours de votre vie ?

La première qui m’a donné envie d’écrire, c’est Anna Gavalda avec La consolante. Tiens, ça me donne envie de le relire. Ensuite, il y en a tellement que je ne sais pas qui mentionner. Et puis, ne se souvient-on pas toujours des premières fois ?

  • Est-il facile de se faire entendre lorsqu’on est une auteure qui est dans l’auto édition ?

Non. En ce qui concerne l’auto édition, il y a deux problématiques : elle est encore trop souvent considérée comme un pis-aller pour les « écrivaillons » qui ne trouvent pas de maison d’édition. Elle véhicule l’image d’amateurisme et de mauvaise qualité. Les libraires ne jouent que rarement le jeu de ces auteurs en refusant tout simplement de prendre leurs livres dans leurs rayons. La deuxième problématique est que l’auteur n’a, de fait, personne pour l’aiguiller. Il est entièrement seul du début à la fin de la conception du livre, il n’a pas de recul sur son travail et rarement de possibilité d’échanges. C’est là que commence la symphonie des doutes en tous genres (si j’ai pas de maison d’édition c’est parce que mon livre est nul, j’écris mal je suis nul…)  

  • Instagram est-il un réseau important dans la communication de Semer des graminées ?

Pour moi il l’est devenu. Les gens ne reconnaissent que ce qu’ils connaissent déjà. Faire tourner le livre sur Ig permet aux éventuels lecteurs de s’habituer à la couverture, lire des avis les confortent dans leur choix, leur donne envie. C’est un réseau social joyeux et plus bienveillant que d’autres.

  • Quels sont les futurs projets ? Est ce qu’après avoir écrit Semer des graminées il faut un temps pour souffler et se remettre ? 

J’ai un roman en cours et un essai. Je ne suis pas très assidue parce que la communication autour de Semer des graminéesme prend beaucoup de temps, mais j’avance. Normalement au mois d’octobre, un manuscrit va prendre le pas sur l’autre et c’est celui-ci qui sortira en 2020. L’autre ? Il ne sortira jamais des entrailles sombres de mon ordinateur (j’ai comme ça dans mon ordinateur 7 manuscrits entamés et jamais terminés)

Vous pouvez suivre Nathalie Longevial sur Instagram ou encore sur son site internet. Possiblité d’envoyer des livres dédicacés ? Oui, il suffit de me joindre via Instagram.

En espérant que cet échange vous a donné envie d’en savoir plus sur Semer des graminées ou sur ses écrits précédents.

Belle lecture,

Anaïs

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